26 décembre 2008

Voyage en Orient

(Celui de Hermann Hesse)

Je ne sais pas s'il serait très avisé de commencer avec ce roman pour aborder l'oeuvre de Hermann Hesse. J'avais lu le Loup de Steppes il y a quelques années et quand on m'a parlé de ce texte-là, j'ai pensé qu'avec sa petite centaine de pages, ce serait un moyen facile de retrouver l'univers de HH. Mais quel univers.... Un Ordre, des initiés, ces marches exaltées vers un idéal, et puis cette solennité, ce manque d'humour - lui qui exalte tant le rire à la fin du Loup des Steppes, c'est un comble! ce culte du secret, ces expressions grandiloquentes: on y ressent des émotions fortes de joie, peine, soufrances; il y est question de "créatures", d'images, chants et de musique impossibles à cerner, de fidélité, de trahison, de frayeur, de faute, de repentir, de "choses" étranges, inquiétantes, ou précieuses... Et puis il y a ce soupçon d'élitisme, cette conviction d'appartenir à un groupe d'exception manifestant une certaine condescendance pour le vulgus pecum.

Evidemment on trouve des élements communs à bien des société ésotériques, dont une que je fréquente - le thème du voyage, de la parole perdue, égarée par la faute d'on ne sait qui exactement, les trésors découverts en route, mais jamais véritablement identifiés. C'est très poétique, mais obscur, voire même suspect. A notre époque on se méfie un peu des illuminés, on craint les fous de Dieu ou de quelque chimère que ce soit... On n'aime pas les embrigadements, ni les mandarins drapés dans leur science souriante et infiniment supérieurs aux profanes.

C'est finalement la deuxième partie de l'histoire qui m'a séduite - comment le héros s'aperçoit que lui-même a failli, comment l'histoire est reprise d'un autre point de vue . On y perçoit alors le rôle de miroir que tient l'autre, celui dans les yeux duquel nous apercevons notre reflet. Comment nous sommes le mauvais compagnon en même temps que le Maître.

C'est la symbolique maçonnique qui m'a aidée à aborder ce livre. Sinon je l'aurais sans doute repoussé rapidement.

Et maintenant, après décantation je peux retrouver des lignes qui m'ont rassurée et donné à réfléchir. Notamment que l'on ne peut rattraper celui qui s'est perdu, qu'il retrouvera l'Ordre tout seul ou pas du tout. Que celui qui part volontairement ne peut rien révéler, parce que s'il part, c'est qu'il a déjà oublié le Secret. Pas de dogme, pas de révélation, juste la recherche de sa propre lumière, la quête de sa propre étoile. Chacun suit sa Voie. Quand il rejoint les autres, il reprend sa place parmi eux, qui au fond n'ont pas d'autre reproche à lui faire que celui de s'être manqué à lui-même.

Au final, j'ai ressenti beaucoup d'émotion à suivre le héros.

Pourtant je suis un peu inquiète après l'avoir conseillé à un compagnon, justement. Je me demande si le texte n'est pas devenu trop ambigu à notre époque. Il me fait penser aux tableaux de Schinken et Caspar David Friedrich, empreints de romantisme et pas très loin de Nietzsche - et il faudrait sans doute le replacer dans ce contexte.

Posté par menthefroissee à 15:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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