23 décembre 2008

La Morte saison des Amours

Quelqu'un de très proche par le sang, mais que je n'avais jamais rencontré, souhaite apprendre à me connaître en accéléré. Evidemment tout ce temps perdu, il a envie de le rattraper. Et voilà que pour couper court aux circonlocutions, sans doute, il me lâche dans un mail, "ta vie privée me semble relever de la morte saison des amours", s'expliquant dans le mail suivant par ces mots: "après 20 ans de mariage, les sentiments changent pour devenir des habitudes, parfois même au point d'avoir envie d'aller prendre l'air, d'être regardé autrement, de retrouver une identité usée par le train-train du quotidien, la vie, quoi!"

C'est vrai qu'il a divorcé deux fois, a eu des enfants avec 3 femmes différentes et d'une manière générale n'était sans doute pas un obsédé de fidélité ou d'engagement exclusif, alors que je suis mariée depuis une bonne paire de dizaines d'années avec le même homme.

Quoi répondre? Effectivement, il y a le quotidien, la certitude que l'autre est là (...à peu près, disons) Il n'y a plus les inquiétudes et l'excitation de la séduction, de se demander si l'autre nous aime, de se faire belle ou de dire des choses intelligentes pour qu'il nous distingue. Non plus la valorisation caressante d'être élue ou la griserie exquise d'avoir conquis un homme que l'on admire respecte etc

Quoique...

En tout cas, indiscutablement, il n'y a plus de nouveau départ, indulgence à nos faiblesses. Le conjoint ne fond plus d'amour devant nos hésitations à la pâtisserie, ou notre peur des araignées, ou je ne sais quelle autre défaut pour lequel au début il avait toutes les indulgences.

A voir...

Alors disons qu'il nous connaît, de bout en bout, qu'on ne peut plus rien cacher, qu'il a perdu ses illusions. Toute entière, mesquineries, petitesses, préjugés, faiblesses, on apparaît démasquée, mise à nu au sens le plus clinique du terme, dans la lumière crue d'une lucidité glaciale. Et lui aussi a perdu son mystère.

Au début les amoureux se découvrent des points de rencontre et avec eux l'extase de la fusion - nous aimons les mêmes romans, les mêmes peintres, nous avons telle ou telle référence en commun dans notre vie antérieure etc Ensuite on s'approprie le monde à deux et on le recrée en même temps. Mais après forcément, cela devient des souvenirs, les surprises disparaissent peu à peu.

Et si je pousse encore, je dirais que peut-être avec un nouvel ami, ou amant, on sent la chaleur de l'amour, parce qu'il est déclaré, parce qu'il éclot et s'épanouit sous nos yeux, chargé de l'espoir d'un avenir, porteur d'un projet. Tandis qu'un couple marié avec ses enfants qui grandissent ne prend peut-être plus la peine de se le dire. Voire même n'a plus envie de se l'avouer parce que chacun a été pris dans trop de concessions et de sacrifices au nom de cet amour, justement. Et on finit sans doute par ne plus le ressentir, du reste, à force de craindre son piège.

Même s'il est toujours là.

En réalité, je ne crois pas à la fatalité des amours qui se délitent, même si le risque est bien présent.

Peut-être pour résister à l'usure faut-il ne pas soi-même se noyer dans la routine, garder envers l'autre la même attention que pendant les débuts. Mais la sécurité, la tendresse, la complicité ne peuvent venir qu'avec le temps, et sont trop délicieuses pour être écartées d'un revers de main.

On ne vit plus l'ivresse de la fusion, sans doute, mais la force de la symbiose, c'est bon aussi.

Si l'on croit que l'autre n'a plus de surprise à nous réserver, pas de bonne, en tout cas, c'est peut-être que nous le regardons mal ? Et que nous-mêmes nous nous engluons dans nos habitudes...

Qu'est-ce qui fait que l'on aura envie de les secouer ou pas... ? Difficile de généraliser. C'est souvent un tournant que l'on prend dans sa propre vie qui éveille tel ou tel aspect de soi que l'autre ne connaissait pas ou avait oublié. Rebondir sur une autre piste, c'est bon pour soi, mais certainement aussi pour le couple.

En tout cas, j'ai découvert que cette "Morte Saison des Amours" est en réalité le titre d'un film de Pierre Kast, 1961, et l'histoire de 2 couples qui se défont et se recomposent, pris dans les adffres de la séduction et de la rupture. Pas mort du tout, l'amour...

Posté par menthefroissee à 15:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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