23 décembre 2008

Le Loup des Steppes

Je viens de relire ce roman, qui m'avait saisie quand je l'avais abordé pour la première fois, à 18 ans. Ce qui m'avait plu? Sans doute qu'en moi aussi, je sentais frémir le loup... tandis que j'abhorrais les petits pots de fleurs bien astiqués sur les paliers de mon immeuble - tout en restant prisonnière de mon personnage de jeune fille comme il faut. Une sensation très adolescente, sans doute, mais qui finalement revient avec l'âge, j'imagine, quand on a fini de s'absorber dans la discipline parentale et qu'à nouveau on a le temps de se regarder dans le miroir.

Le miroir, qui, entre autres outils symboliques, évoque la franc-maçonnerie ou tout autre démarche initiatique et ésotérique, joue dans ce roman un rôle essentiel. Pour cette exploration de soi, le héros a également besoin d'un guide, qui le fait passer au-delà des limites qu'il n'aurait pas su franchir seul. Mais le guide ne peut intervenir tout de suite: si certains signaux alertent le héros, encouragent ses velléités de recherche, c'est tout d'abord lui qui doit démarrer sa propre quête, errer d'un quartier à l'autre, suivre des silhouettes qui l'attirent et l'intriguent, renoncer à ses attributs sociaux. Apprendre à danser, par exemple, se dénouer, se livrer, s'abandonner à ces aspects de lui-même qui l'interpellent, le tourmentent, mais qu'il n'acceptait pas jusqu'alors. Maria, puis Hermine/ Hermann (comme le prénom de l'auteur, coïncidence?) l'entraînent, l'initient, le libèrent. Au fond, d'ailleurs, existent-elles en dehors de lui? Ne sont-elles pas autant de facettes de son âme, petites figurines que l'on peut mettre en poche pour relancer la partie?

Quelques citations choisies:

"Nous avions un secret entre nous, et de tout ce que nous possédions, c'était le meilleur."

"Pendant près de dix minutes, je lus un journal et laissai pénétrer en moi, par le sens de la vue, l'esprit d'un homme irresponsable, qui remâche dans sa bouche les mots des autres et les rend salivés mais non digérés."

"L'autre Harry (...) se disait que j'étais un drôle de type, hypocrite et loufoque, qui, il y avait à peine deux minutes, montrait furieusement les dents à toute cette terre maudite et qui, maintenant, au premier mot inoffensif d'un bon bourgeois respectable, volait au-devant de lui, attendri, zélé, touché, et se vautrait comme un porc dans la joie d'avoir trouvé un petit bout d'estime, de gentillesse et de bienveillance."

Posté par menthefroissee à 09:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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