"Give a man a mask and he will tell you the truth", a dit Oscar Wilde, cité par Jean Hatzfeld dans Une saison de Machettes, où il démontre pourtant un grand talent à débusquer la vérité à visage découvert. Cette phrase rencontre un grand succès: j'ai retrouvé la version originale en quelques clics, et elle est reprise dans nombre de blogs.

J'aime bien l'association du masque, qui évoque la dissimulation, et de la vérité, révélation, au contraire.

Mais parfois l'individu préfère choisir son propre masque (plutôt qu'on le lui "donne"), voire même le rendre indiscernable. Et à d'autres moments, c'est le lecteur ou l'interlocuteur qui doit être masqué: comme le confesseur derrière son grillage, par exemple. A cet égard les blogs offrent une belle déclinaison du thème.

Par coïncidence, un ami me fait justement observer que les mots peuvent devenir eux-mêmes les masques. Je ne pouvais mieux dire, d'autant que la suite d'une Saison de Machettes montre comment les assassins brodent des récits et des rebondissements imaginaires pour échapper aux aveux (manoeuvre assez mystérieuse puisque personne n'est dupe, et qu'ils s'en rendent certainement compte eux-mêmes - ou le devraient, en toute rationalité)

Dans Le Tailleur de Panama, film de John Boorman, d'après un roman de John Le Carré, le tailleur est un mythomane impénitent qui à force d'affabulations se trouve mis au pied du mur: avouer, reconnaître les faits, dire la vérité - notamment à sa femme, qui voudrait savoir s'il a une liaison avec son assistante. Le spectateur aurait tendance à penser que oui, au vu de certains indices, mais comme chacun sait, la vérité est parfois insaisissable.

C'est alors que le mentor du héros (mort, mais qui revient lui dicter quelques saines maximes et conseils opportuns qu'il suit rarement) lui sussure: "dire la vérité, c'est un aveu de faiblesse. Essaie plutôt  la sincérité." Sur quoi le tailleur balaie la question pour déclarer un amour exclusif à sa femme.

Les rapports entre réalité et vérité sont déjà un joli casse-tête. Mais là, introduire le concept de sincérité, notamment dans une problématique de persuasion (elle-même définie comme un rapport de force), je trouve ça très fort, très très fort.

Au début j'ai failli hurler de rire (ce dont je me suis abstenue par respect pour mon voisin) mais finalement, j'en suis plutôt à grincer des dents et rire jaune en même temps (ce qui est très mauvais pour les rides!)