Menthe Froissée

18 février 2009

L'Etrange histoire de Benjamin Button

Voilà un film (de David Fincher) très surprenant, puisqu'il s'appuie sur la fiction que Benjamin naît avec le physique d'un vieillard (mais le mental d'un bébé) et rajeunit physiquement tout en acquérant l'expérience de son âge réel. C'est ainsi notamment qu'il rajeunit alors que la femme qu'il aime vieillit, ce qui ne leur donne qu'une assez courte période amoureuse ensemble, pour présenter leur relation d'une manière très réductrice.
Les critiques ne s'aventurent guère plus loin, soulignant simplement la prouesse technique en numérique, qui rend le rajeunissement ou le vieillissement parfaitement fluide.
Mais la dimension philosophique de l'histoire? Tout le monde a visiblement peur de se jeter à l'eau... d'autant que cette nouvelle de Francis Scott Fitzgerald a été quelque peu remaniée avant d'être portée à l'écran, et que ses 25 pages deviennent 2h35 de film.
J'y vois des pistes de réflexion, pourtant, et notamment sur le sens de la vie.
"Ah, si je pouvais retrouver mon corps de 20 ans tout en sachant ce que je sais maintenant". dit-on couramment: en l'occurrence, le héros ne semble guère en profiter tant il est hanté par l'idée de sa mort et de son rajeunissement vu comme une décrépitude (sa femme devra s'occuper de lui comme un enfant, plus tard)
Mais ce décalage n'est-il pas une métaphore de ce qui nous arrive réellement, de toute manière? Quand des conjoints vieillissent, ne doivent-ils pas chacun s'occuper de l'autre tout en perdant ses moyens? Après tout l'épouse vieillissante est-elle même une dame âgée lorsque Benjamin meurt sur ses genoux. Et n'est-ce pas d'ailleurs une mort infiniment plus belle, un vieillissement plus "propre" quand il prend les traits d'un ravissant nouveau-né -n'y a-t-il pas en somme traduction par transfiguration de l'amour qui ne meurt pas, lui...?
L'image de la femme qui est mère aussi et finalement prend ce rôle à la fin correspond sans doute aussi à ce que l'homme recherche en se mariant.
Le film explore peut-être aussi une idée reprise par les philosophes grecs: selon la pensée grecque ancienne , nous avons déjà tout, mais le voile de l'oubli a recouvert cette vérité que nous portons en nous (alétheia, vérité en grec = dévoilement)
A son dernier instant, celui où il arrive dans un état de naissance, Benjamin sait effectivement tout - son dernier regard l'exprime. Mais la conscience de la mort peut gâter la vie, c'est un peu ce qui arrive ici. Tout comme le poids de l'expérience.
A côté de cela, la femme du diplomate finit par remporter le record qu'elle avait visé quand elle était jeune, tandis que la jeune danseuse obtient tôt son heure de gloire pour tout perdre très vite.
Quoi en conclure? Peut-être que le temps n'est pas si pesant que cela, au fond. Que la destinée humaine se ressent, se joue dans les relations que l'on peut créer et entretenir avec ses proches. Que seule la mort pose le point final.
Le film montre aussi comment apprendre à connaître quelqu'un en traversant l'apparence. A première vue, chacun ne voit qu'une personnage âgée en Benjamin, et plaque sur lui les préjugés idoines. Mais progressivement ils s'intéressent à l'individu derrière les rides. Ainsi sa première vraie maîtresse qui comprend qu'il n'a guère eu d'expériences amoureuses avant elle. Ou le capitaine du remorqueur qui décide de lui donner sa chance. Alors une relation singulière peut s'installer. Tout comme avec les gens normaux, non? L'intrigue permet juste un effet de loupe - salutaire, certainement.
Evidemment Benjamin Button est en décalage permanent avec ses contemporains, et c'est lui le moins heureux de tous. Il sert également de révélateur aux autres, et son histoire est une fable qui vise à nous instruire. J'ai pensé à Forrest Gump en voyant le film et découvert ensuite que son scénariste n'est autre que Eric Roth, scénariste de Forrest Gump, justement.
Notons aussi une jubilation visuelle avec la beauté de Cate Blanchett et de Brad Pitt, leur présence charnelle et leur charme...

Posté par menthefroissee à 11:41 - - Commentaires [5] - Permalien [#]


11 janvier 2009

Le génie, l'inspiration

A quel moment mon génie personnel, mon daïmon au sens socratique du terme parle-t-il en moi? Comment est-ce que je reconnais sa voix entre toutes? Comment être sur que c'est bien lui qui parle?

Pour construire son temple intérieur et sa vie en même temps, en inter-action constante, ou bien en rétro-action, l'un par l'autre en même temps ou en décalage, il est bon de prendre la pleine maîtrise de ses moyens, et de les libérer à leur pleine puissance. Mais comment?

Et comment déterminer le meilleur plan? Quelle voix écouter? Quelle place accorder à l'amour, au rationnel? Comment réaliser l'adéquation des ambitions et des moyens sans se cantonner à un domaine étriqué?

En y réfléchissant, les situations qui m'ont donné le plus de satisfaction sont celles où j'ai pu concilier les relations humaines et tout le reste. Où l'amour est passé en premier. Amour, ou plus fondamentalement fraternité, vibration humaine, même dans la vie professionnelle.

Mais cela ne suffit sans doute pas... A creuser.

Posté par menthefroissee à 14:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

28 décembre 2008

Connaissance

Rattraper le temps perdu, comme je le disais.

Pas évident, surtout avec un personnage qui n’a pas forcément envie de se livrer. Il voudrait que nous échangions des confidences, notre quotidien, nous parlions de nos problèmes. Petit à petit, certes, il y vient, mais en crabe, tangentiellement. C’est en évitant de répondre à une question qu’il m’apprend qu’il a un chat. Ou en évoquant telle déconvenue avec sa machine à laver qu’il révèle un peu de son mode de vie.

Lui-même ne pose pas de question. Par manque d’intérêt ? Par retenue, respect ?

Une fois, il me demande si j’ai des soucis, parce que ma voix au téléphone lui paraît préoccupée. Mais il serait dérisoire de lui répondre « ben oui, je viens de rentrer et il n’y a plus d’eau à la maison ». Non ? Que peut-il y faire ?

Et assez excessif de plonger dans mes intimes soucis conjugaux ou maternels, alors que nous nous somme rencontrés il y a moins d’un mois…

L’anecdotique n’a pas forcément beaucoup de poids, mais il a au moins une valeur indicative… Quant au reste, papoter de tout et de rien permet aussi de cerner le caractère de l’autre.

Quel est l’enjeu ? Ne pas se perdre alors qu’on vient juste de se trouver. Ne pas se séduire à tout prix, mais tout de même se plaire assez pour construire ensemble. On a tous les deux envie que ça marche, je crois, mais on ne connaît pas la destination.. Il faut ajuster notre pas, notre rythme, notre orientation.

Posté par menthefroissee à 17:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

26 décembre 2008

Voyage en Orient

(Celui de Hermann Hesse)

Je ne sais pas s'il serait très avisé de commencer avec ce roman pour aborder l'oeuvre de Hermann Hesse. J'avais lu le Loup de Steppes il y a quelques années et quand on m'a parlé de ce texte-là, j'ai pensé qu'avec sa petite centaine de pages, ce serait un moyen facile de retrouver l'univers de HH. Mais quel univers.... Un Ordre, des initiés, ces marches exaltées vers un idéal, et puis cette solennité, ce manque d'humour - lui qui exalte tant le rire à la fin du Loup des Steppes, c'est un comble! ce culte du secret, ces expressions grandiloquentes: on y ressent des émotions fortes de joie, peine, soufrances; il y est question de "créatures", d'images, chants et de musique impossibles à cerner, de fidélité, de trahison, de frayeur, de faute, de repentir, de "choses" étranges, inquiétantes, ou précieuses... Et puis il y a ce soupçon d'élitisme, cette conviction d'appartenir à un groupe d'exception manifestant une certaine condescendance pour le vulgus pecum.

Evidemment on trouve des élements communs à bien des société ésotériques, dont une que je fréquente - le thème du voyage, de la parole perdue, égarée par la faute d'on ne sait qui exactement, les trésors découverts en route, mais jamais véritablement identifiés. C'est très poétique, mais obscur, voire même suspect. A notre époque on se méfie un peu des illuminés, on craint les fous de Dieu ou de quelque chimère que ce soit... On n'aime pas les embrigadements, ni les mandarins drapés dans leur science souriante et infiniment supérieurs aux profanes.

C'est finalement la deuxième partie de l'histoire qui m'a séduite - comment le héros s'aperçoit que lui-même a failli, comment l'histoire est reprise d'un autre point de vue . On y perçoit alors le rôle de miroir que tient l'autre, celui dans les yeux duquel nous apercevons notre reflet. Comment nous sommes le mauvais compagnon en même temps que le Maître.

C'est la symbolique maçonnique qui m'a aidée à aborder ce livre. Sinon je l'aurais sans doute repoussé rapidement.

Et maintenant, après décantation je peux retrouver des lignes qui m'ont rassurée et donné à réfléchir. Notamment que l'on ne peut rattraper celui qui s'est perdu, qu'il retrouvera l'Ordre tout seul ou pas du tout. Que celui qui part volontairement ne peut rien révéler, parce que s'il part, c'est qu'il a déjà oublié le Secret. Pas de dogme, pas de révélation, juste la recherche de sa propre lumière, la quête de sa propre étoile. Chacun suit sa Voie. Quand il rejoint les autres, il reprend sa place parmi eux, qui au fond n'ont pas d'autre reproche à lui faire que celui de s'être manqué à lui-même.

Au final, j'ai ressenti beaucoup d'émotion à suivre le héros.

Pourtant je suis un peu inquiète après l'avoir conseillé à un compagnon, justement. Je me demande si le texte n'est pas devenu trop ambigu à notre époque. Il me fait penser aux tableaux de Schinken et Caspar David Friedrich, empreints de romantisme et pas très loin de Nietzsche - et il faudrait sans doute le replacer dans ce contexte.

Posté par menthefroissee à 15:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 décembre 2008

L'Eternité dans Le Loup des Steppes

"Celui qui veut vivre en notre temps et qui veut jouir de sa vie ne doit pas être une créature comme toi ou moi. Pour celui qui veut de la musique au lieu de bruit, de la joie au lieu de plaisir, de l'âme au lieu d'argent, du travail au lieu de fabrication, de la passion au lieu d'amusettes, ce joli petit monde-là n'est pas une patrie", explique Hermine à Harry, son alter ego. Harry reprend: "qu'entends-tu par là? Que des êtres comme nous, avec une dimension de trop, ne peuvent vivre ici?"

"Avec une dimension de trop", cette formule est très évocatrice - celle de la spiritualité, traduirais-je.

Assez drôlement pour nous aujourd'hui, qui avons réagi vivement au discours où Sarkozy expliquait que le maître d'école ne peut remplacer le curé, en tout cas ne peut enseigner la spiritualité,  Hermann Hesse oppose l'instruction dispensée par la maître d'école et la gloriole qu'on peut en retirer, à ce que les êtres humains , les vrais, reçoivent en partage: la Mort et surtout l'éternité.

"Nous autres, reprend Hermine, les exigeants, ceux qui ont une dimension de trop, ceux qui sont nostalgiques, ne pourrions pas vivre s'il n'y avait pas d'autre air à respirer que l'atmosphère de ce monde, si, en dehors du temps, il n'existait pas l'éternité. C'est à elle qu'appartiennent la musique de Mozart et les vers de tes grands poètes, c'est à elle qu'appartiennent les saints (...) et de même appartiennent à l'éternité l'image de toute action vraie, la puissance de tout sentiment réel".

"Pour l'éternité, il n'y a pas de survivants, il n'y a que des contemporains". L'éternité, c'est "le royaume qui est au-delà du temps et des apparences."

C'est vers cette patrie qu'ils aspirent. "Et nous n'avons personne qui nous conduise, notre seul guide est la nostalgie".

Cela nous fait penser au mythe platonicien de la réminiscence: trouver la vérité, c'est se ressouvenir, écarter le voile du passé. (alétheia = dévoilement) De même le passage suivant, qui rappelle la théorie du monde des Idées: Hermine lui a rendu "l'idée de l'éternité":"l'au-delà sacré, l'en-dehors du temps, le monde de la valeur éternelle, de l'essence divine". (...) "Et l'éternité elle-même n'était pas autre chose que la délivrance du temps, (...) son retour à l'innocence, sa refonte en espace."
C'est la femme et l'amour qui l'y conduisent, avec cette notion que c'est l'homme réconcilié à toutes ses dimensions qui se hissent le plus loin. Thème romantique, me semble-t-il, même si nombre de religins et de philosophies insistent sur la dimension de l'amour pour accéder au royaume des cieux, quel qu'il soit.

Posté par menthefroissee à 08:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


23 décembre 2008

La Morte saison des Amours

Quelqu'un de très proche par le sang, mais que je n'avais jamais rencontré, souhaite apprendre à me connaître en accéléré. Evidemment tout ce temps perdu, il a envie de le rattraper. Et voilà que pour couper court aux circonlocutions, sans doute, il me lâche dans un mail, "ta vie privée me semble relever de la morte saison des amours", s'expliquant dans le mail suivant par ces mots: "après 20 ans de mariage, les sentiments changent pour devenir des habitudes, parfois même au point d'avoir envie d'aller prendre l'air, d'être regardé autrement, de retrouver une identité usée par le train-train du quotidien, la vie, quoi!"

C'est vrai qu'il a divorcé deux fois, a eu des enfants avec 3 femmes différentes et d'une manière générale n'était sans doute pas un obsédé de fidélité ou d'engagement exclusif, alors que je suis mariée depuis une bonne paire de dizaines d'années avec le même homme.

Quoi répondre? Effectivement, il y a le quotidien, la certitude que l'autre est là (...à peu près, disons) Il n'y a plus les inquiétudes et l'excitation de la séduction, de se demander si l'autre nous aime, de se faire belle ou de dire des choses intelligentes pour qu'il nous distingue. Non plus la valorisation caressante d'être élue ou la griserie exquise d'avoir conquis un homme que l'on admire respecte etc

Quoique...

En tout cas, indiscutablement, il n'y a plus de nouveau départ, indulgence à nos faiblesses. Le conjoint ne fond plus d'amour devant nos hésitations à la pâtisserie, ou notre peur des araignées, ou je ne sais quelle autre défaut pour lequel au début il avait toutes les indulgences.

A voir...

Alors disons qu'il nous connaît, de bout en bout, qu'on ne peut plus rien cacher, qu'il a perdu ses illusions. Toute entière, mesquineries, petitesses, préjugés, faiblesses, on apparaît démasquée, mise à nu au sens le plus clinique du terme, dans la lumière crue d'une lucidité glaciale. Et lui aussi a perdu son mystère.

Au début les amoureux se découvrent des points de rencontre et avec eux l'extase de la fusion - nous aimons les mêmes romans, les mêmes peintres, nous avons telle ou telle référence en commun dans notre vie antérieure etc Ensuite on s'approprie le monde à deux et on le recrée en même temps. Mais après forcément, cela devient des souvenirs, les surprises disparaissent peu à peu.

Et si je pousse encore, je dirais que peut-être avec un nouvel ami, ou amant, on sent la chaleur de l'amour, parce qu'il est déclaré, parce qu'il éclot et s'épanouit sous nos yeux, chargé de l'espoir d'un avenir, porteur d'un projet. Tandis qu'un couple marié avec ses enfants qui grandissent ne prend peut-être plus la peine de se le dire. Voire même n'a plus envie de se l'avouer parce que chacun a été pris dans trop de concessions et de sacrifices au nom de cet amour, justement. Et on finit sans doute par ne plus le ressentir, du reste, à force de craindre son piège.

Même s'il est toujours là.

En réalité, je ne crois pas à la fatalité des amours qui se délitent, même si le risque est bien présent.

Peut-être pour résister à l'usure faut-il ne pas soi-même se noyer dans la routine, garder envers l'autre la même attention que pendant les débuts. Mais la sécurité, la tendresse, la complicité ne peuvent venir qu'avec le temps, et sont trop délicieuses pour être écartées d'un revers de main.

On ne vit plus l'ivresse de la fusion, sans doute, mais la force de la symbiose, c'est bon aussi.

Si l'on croit que l'autre n'a plus de surprise à nous réserver, pas de bonne, en tout cas, c'est peut-être que nous le regardons mal ? Et que nous-mêmes nous nous engluons dans nos habitudes...

Qu'est-ce qui fait que l'on aura envie de les secouer ou pas... ? Difficile de généraliser. C'est souvent un tournant que l'on prend dans sa propre vie qui éveille tel ou tel aspect de soi que l'autre ne connaissait pas ou avait oublié. Rebondir sur une autre piste, c'est bon pour soi, mais certainement aussi pour le couple.

En tout cas, j'ai découvert que cette "Morte Saison des Amours" est en réalité le titre d'un film de Pierre Kast, 1961, et l'histoire de 2 couples qui se défont et se recomposent, pris dans les adffres de la séduction et de la rupture. Pas mort du tout, l'amour...

Posté par menthefroissee à 15:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Le Loup des Steppes

Je viens de relire ce roman, qui m'avait saisie quand je l'avais abordé pour la première fois, à 18 ans. Ce qui m'avait plu? Sans doute qu'en moi aussi, je sentais frémir le loup... tandis que j'abhorrais les petits pots de fleurs bien astiqués sur les paliers de mon immeuble - tout en restant prisonnière de mon personnage de jeune fille comme il faut. Une sensation très adolescente, sans doute, mais qui finalement revient avec l'âge, j'imagine, quand on a fini de s'absorber dans la discipline parentale et qu'à nouveau on a le temps de se regarder dans le miroir.

Le miroir, qui, entre autres outils symboliques, évoque la franc-maçonnerie ou tout autre démarche initiatique et ésotérique, joue dans ce roman un rôle essentiel. Pour cette exploration de soi, le héros a également besoin d'un guide, qui le fait passer au-delà des limites qu'il n'aurait pas su franchir seul. Mais le guide ne peut intervenir tout de suite: si certains signaux alertent le héros, encouragent ses velléités de recherche, c'est tout d'abord lui qui doit démarrer sa propre quête, errer d'un quartier à l'autre, suivre des silhouettes qui l'attirent et l'intriguent, renoncer à ses attributs sociaux. Apprendre à danser, par exemple, se dénouer, se livrer, s'abandonner à ces aspects de lui-même qui l'interpellent, le tourmentent, mais qu'il n'acceptait pas jusqu'alors. Maria, puis Hermine/ Hermann (comme le prénom de l'auteur, coïncidence?) l'entraînent, l'initient, le libèrent. Au fond, d'ailleurs, existent-elles en dehors de lui? Ne sont-elles pas autant de facettes de son âme, petites figurines que l'on peut mettre en poche pour relancer la partie?

Quelques citations choisies:

"Nous avions un secret entre nous, et de tout ce que nous possédions, c'était le meilleur."

"Pendant près de dix minutes, je lus un journal et laissai pénétrer en moi, par le sens de la vue, l'esprit d'un homme irresponsable, qui remâche dans sa bouche les mots des autres et les rend salivés mais non digérés."

"L'autre Harry (...) se disait que j'étais un drôle de type, hypocrite et loufoque, qui, il y avait à peine deux minutes, montrait furieusement les dents à toute cette terre maudite et qui, maintenant, au premier mot inoffensif d'un bon bourgeois respectable, volait au-devant de lui, attendri, zélé, touché, et se vautrait comme un porc dans la joie d'avoir trouvé un petit bout d'estime, de gentillesse et de bienveillance."

Posté par menthefroissee à 09:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 décembre 2008

Religion - Relier

Dans Philosophie Magazine de ce mois-ci, un article évoque Reinhold Niebuhr, pasteur et intellectuel ayant marqué son époque, le "philosophe favori" de Barack Obama (dixit ce dernier). L'article développe notamment l'idée qu'avec ce penseur, Obama démontre que le christianisme n'est pas le monopole de la droite, qu'il existe une théologie de gauche. Une photo montre Obama lors d'un service religieux, tenant la main de ses voisins dans ce que j'ai appris à désigner une chaîne d'union.

Au fond, je me demande si la religion vue par les Américains est comparable à la nôtre, à celle qui a provoqué l'émergence de notre concept de laïcité. La religion en France, je l'imagine bigote, mesquine, intolérante, et au fond  méfiante de la nature humaine, plutôt qu'exprimant l'amour, un accompagnement bienveillant, l'encouragement prodigué aux âmes qui s'éveillent.

Comment est-elle aux USA? Est-elle plus généreuse qu'en France? Pourquoi reste-t-elle incontournable? Y a -t-il un rassemblement réel autour de ses valeurs, une forme de lutte contre l'exclusion? Une antidote aux effets pervers du mélange culturel? A priori il me semblait qu'au contraire chaque communauté avait la sienne, exclusive des autres.  Et que la religion protestante bien-pensante des WASP a été dénoncée comme un vivier des hypocrisies ou des postures dogmatiques... Mais en même temps il reste un attachement profond au concept religieux, apparemment toutes origines et tranches d'âge confondues...

Une voie de recherche à explorer!

Posté par menthefroissee à 14:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

21 décembre 2008

Burn after reading

Il est de bon ton de bouder le dernier film des frères Coen, mais j'avoue que j'y beaucoup ri. Brad Pitt se parodiant en prof de gym avec un petit pois dans la tête,  John Malkovitch sale con et rien de plus, George Clooney en mari volage veule et obsédé... Au début, on a un préjugé favorable envers les personnages - ils sont sympas, dans l'ensemble, et paraissent raisonnables - pour ne finalement découvrir que des gens ordinaires, égoïstes, mesquins, individualistes, ou malchanceux...

C'est un film sur le non-sens de la vie, au bout du compte  ;)

Dans The Barber, on voyait la vie de John Turturro suivre une trajectoire totalement indépendante de sa volonté, montant vers le succès avant de plonger dans un marasme inextricable, avec la panique impuissante que cela peut provoquer. Une version contemporaine de la roue de la fortune, thème médiéval bien connu - ne vous réjouissez pas trop vite, pauvres pécheurs..

Dans Burn After Reading,  c'est la CIA qui a le dernier mot.

"Bon. Qu'est ce que cette histoire nous aura appris?"

"Euh... de ne pas recommencer... ?"

"OK, mais.. qu'est-ce qu'on a fait?"

Posté par menthefroissee à 17:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

20 décembre 2008

Oedipe et la coupure d'eau

Hier je rentre chez moi - pas d'eau.  Mais des bruits, montent du trottoir. Passant le nez par la fenêtre, j'aperçois des ouvriers, une tranchée, une camionnette du Syndicat des Eaux local.

Mmm, me dis-je, keskispastil...?

Je descends m'informer, mais avant même que je puisse ouvrir la bouche, un des hommes me lance: "vous n'avez plus d'eau chez vous, je parie". "Ben non" réussis-je à placer. "Eh bien madame, si vous trouvez la réponse à une question que je vais vous poser, je vous remets l'eau tout de suite!".

Bon. Il était 19h20, je m'apprêtais à partir en réunion au club un peu philosophique que je fréquente - mon esprit part en vrille: cette tranchée qui lacère les entrailles de la terre, n'est-ce pas le symbole de nos explorations souterraines? Tandis que je me réincarne en Oedipe,  je trouve juste que le Sphinx ne ressemble pas à sa photo  - mais j'opine du chef en souriant.

"Alors voilà, c'est un bébé noir, né d'une mère noire et d'un père noir".

Mm

"Donc de quelle couleur sont ses jambes?"

... "Noires.."

"Ses bras?"

"Noirs" (relou, quand même)

"Son ventre?"

"Noir" répété-je encore avec un brin d'impatience.

"Et ses dents?"

"Blanches!" Bon, c'était trop facile, son piège!!!

"Mais non, c'est un nouveau-né! Il n'a pas de dents...! Tant pis, vous n'aurez pas d'eau ce soir ..."

Ouais. Bon... Obligée de rire, en  plus.

Ils sont très forts au Syndicat des Eaux, très très forts...

Posté par menthefroissee à 16:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]